EXTRAIT

LES AMES CHERCHANT UN RETOUR

Vos faces recluses dans les salines de la mort, et toutes ces brumes longeant les pontons de granit réfractent des lumières de lézardes où gisent des âmes cherchant un retour.

Relégués dans l’oubli des cahots de nos vies, vos mémoires défuntes lancent des appels rouges comme le rubis d’un sang versé où bouillonnent vos âmes cherchant un retour.

Nous marchons sur des routes au parfum de bitume, la poussière auréole les images changeantes de vos vies bruissant en silence le vouloir des âmes cherchant un retour.

Nous dormons dans des draps remplis de plis, vagues nocturnes enlacées à nos corps, dans nos rêves la gemme tranchante de vos voix sont des âmes cherchant un retour.

Nous mangeons le fruit fraîchement lavé, et cette eau qui se mêle à notre salive éveille sous nos dents la saveur erratique de vos songes, l’appel de vos âmes cherchant un retour.

Nos refus vous séquestrent dans les salines de la mort, dans les plis infinis de nos lits, dans ces fruits vite digérés, et nous allons sourds aux cris des âmes cherchant un retour.

Négation, négation, nos vies vous nient, l’autel des ancêtres brille dans les musées sous l’artifice des horaires prescrits, et des gardes veillent sur vos âmes cherchant un retour.

La jambe du sphinx et le buste du rhéteur, le sarcophage vidé du mort qui l’honore, attestent dans un silence blanc et blême, l’impossible retour des âmes cherchant un retour.

Nécropoles d’ennui, sous l’œil des photographes, le passé s’enfuit entre les paragraphes du livre où rien ne livre passage à la cohorte joyeuse des âmes cherchant un retour.

Renoncement, renoncement, Ô puissance de l’oubli, nos mémoires asservies tombent dans le néant cristallin d’un avenir purifié, perdant trace des âmes cherchant un retour.

Promesse frappant nos propres morts, nous irons sans joie vers des contrées éteintes, entre les lézardes des brumes éteignant la pleine lueur de nos âmes cherchant un retour.

Jurons que nos bruissements à la faveur des vents, sur les pontons de granit sauront venir, par des soirs de tendresse enchanter le monde du chant des âmes cherchant un retour.

Nos mains translucides offertes à la nacre de la mort, tiendront sans crainte dans leurs paumes élargies toutes les richesses du plus grand dire des âmes cherchant un retour.

Extrait du recueil « Les jours et les nuits »
Revue Migraphonie