EXTRAIT
LA TRAGÉDIE DE SIÂVOSH
SIÂVOSH.
Comment porter le poids de la rupture d’un pacte ?
À Balkh, j’ai gagné contre Garsivarz et son armée.
J’ai suspendu les combats en échange des otages.
Pourquoi faut-il verser tant de sang ?
Pourquoi attacher son cœur à la haine ?
Kâvous, à présent, me donne l’ordre de la guerre.
Mon destin est mauvais. Je n’aurais pas dû naître.
En allant vers la haine, j’abdique de mes convictions.
Je ne vois qu’une solution pour ma destinée.
Je vais m’exiler au lointain dans un coin du monde.
Loin des conflits, je vivrai caché.
…
J’embrasse la terre de la patrie et je pars sans armes.
J’ai vu des montagnes colorées comme au printemps.
J’ai vu des villes aussi belles que des mariées portant couronnes.
J’ai laissé derrière moi la terre d’Irân. J’approche de Tourân.
Le soleil resplendissant s’est couché. Le vent s’est adouci.
Un jour nouveau est alors venu. J’ai bu l’eau de la source.
Je suis paisible. Je marche calmement vers la terre ennemie.
Est-elle hostile, cette contrée qui m’accueille comme un murmure ?
J’avance sans crainte. Pourquoi ? Mon cœur ne le sait pas.
Je cherche une terre dépeuplée où séjourner
Sans être ni prince ni roi. Seulement un homme.
© Farid Paya